Salaires dans les banques : BNP Paribas brise trois années de gel des augmentations générales, le secteur sous pression

BNP Paribas : le retour des augmentations générales après trois années d’absence
C’est un accord salarial qui devrait faire du bruit dans le secteur bancaire français. Ce vendredi 16 octobre 2026, BNP Paribas et des organisations syndicales sont parvenus à un accord prévoyant une augmentation générale des salaires, une première depuis trois ans. La première banque française renoue ainsi avec les revalorisations collectives, après plusieurs exercices marqués par le recours aux primes exceptionnelles et aux augmentations individuelles. Les nouvelles mesures entreront en vigueur le 1er janvier 2027. Pour les salariés les moins rémunérés, la hausse pourra atteindre 5 %, un niveau particulièrement élevé dans un contexte où les augmentations négociées dans les entreprises françaises restent généralement bien plus modestes. Une décision qui risque désormais de placer les directions des autres grands groupes bancaires face aux revendications de leurs propres salariés.
Jusqu’à 1 500 euros brut supplémentaires par an
L’accord repose sur une augmentation forfaitaire du salaire annuel brut, dont le montant dépend de la rémunération actuelle. Les collaborateurs dont le salaire fixe annuel brut est inférieur ou égal à 50 000 euros bénéficieront d’une hausse de 1 500 euros par an. Pour ceux dont le salaire est supérieur à 50 000 euros et ne dépasse pas 100 000 euros, l’augmentation sera de 1 000 euros. Selon la CFDT, environ 93 % des salariés de BNP Paribas seraient concernés par ces mesures. Le dispositif favorise donc proportionnellement les salariés percevant les rémunérations les moins élevées. Une augmentation forfaitaire de 1 500 euros représente 5 % pour un salaire annuel de 30 000 euros, mais seulement 3 % pour une rémunération de 50 000 euros. La hausse reste néanmoins pérenne : contrairement à une prime ponctuelle, elle augmente durablement le salaire de base.
BNP Paribas : exemples des augmentations salariales prévues en 2027
| Salaire annuel brut actuel | Augmentation annuelle brute | Hausse en % | Nouveau salaire annuel brut |
|---|---|---|---|
| 30 000 € | 1 500 € | 5,00 % | 31 500 € |
| 35 000 € | 1 500 € | 4,29 % | 36 500 € |
| 40 000 € | 1 500 € | 3,75 % | 41 500 € |
| 45 000 € | 1 500 € | 3,33 % | 46 500 € |
| 50 000 € | 1 500 € | 3,00 % | 51 500 € |
| 60 000 € | 1 000 € | 1,67 % | 61 000 € |
| 75 000 € | 1 000 € | 1,33 % | 76 000 € |
| 100 000 € | 1 000 € | 1,00 % | 101 000 € |
Ces simulations reposent sur les montants forfaitaires annoncés dans le cadre de l’accord salarial, hors éventuelles dispositions particulières. Les pourcentages sont calculés sur le salaire fixe annuel brut. Les salariés rémunérés au-delà de 100 000 euros ne sont pas concernés par cette mesure collective.
Une première depuis trois ans : pourquoi ce retour aux augmentations générales ?
La dernière grande vague d’augmentations collectives chez BNP Paribas remontait à 2023, lorsque l’inflation avait fortement dégradé le pouvoir d’achat des ménages. La banque avait alors accordé des revalorisations générales comprises entre 3 % et 5,9 % selon les rémunérations et les modalités applicables. Depuis, les politiques salariales avaient changé. Les augmentations individuelles et les primes de partage de la valeur avaient progressivement remplacé les revalorisations collectives. Les négociations menées en octobre 2026 ont finalement conduit la direction à revenir sur cette orientation. Les représentants des salariés réclamaient une amélioration durable des rémunérations, et non plus seulement des versements ponctuels. Le retour à une augmentation générale constitue donc un changement significatif de politique salariale.
La prime exceptionnelle sacrifiée au profit d’une hausse durable des salaires
L’accord comporte néanmoins une contrepartie importante. Selon les informations communiquées par les organisations syndicales, la direction a choisi de remplacer la prime de partage de la valeur initialement envisagée par une augmentation générale des salaires. Les syndicats avaient pourtant réclamé le cumul des deux dispositifs, afin de répondre à la fois aux besoins immédiats de pouvoir d’achat et à la nécessité d’une revalorisation pérenne. Cette demande n’a pas été retenue. Les budgets consacrés aux augmentations individuelles et à l’égalité professionnelle font également partie des points de désaccord soulevés par la CFDT. L’accord représente donc une avancée sur les salaires fixes, mais ne répond pas à l’ensemble des revendications syndicales.
Pourquoi une augmentation générale vaut davantage qu’une prime ponctuelle
Pour les salariés, l’intérêt d’une augmentation générale ne se limite pas au montant perçu la première année. Une hausse pérenne de 1 500 euros brut par an représente 15 000 euros supplémentaires sur dix années, hors revalorisations ultérieures et effets indirects. À l’inverse, une prime exceptionnelle de 1 500 euros n’est versée qu’une seule fois. L’augmentation du salaire fixe peut également avoir des conséquences favorables sur certains éléments de rémunération, les cotisations sociales et les droits à la retraite, selon les dispositifs concernés. C’est pourquoi les organisations syndicales privilégient généralement les augmentations pérennes aux primes ponctuelles. Pour l’employeur, en revanche, le coût est récurrent. Une augmentation générale accroît durablement la masse salariale, contrairement à une prime exceptionnelle qui peut ne pas être reconduite.
Les autres banques françaises désormais sous pression
L’accord conclu chez BNP Paribas pourrait modifier le rapport de force dans les prochaines négociations salariales du secteur bancaire. Les salariés de Société Générale, Crédit Agricole, BPCE, Crédit Mutuel ou encore des autres établissements disposent désormais d’un point de comparaison particulièrement visible. Les politiques salariales de ces groupes ne sont évidemment pas identiques, mais les syndicats peuvent mettre en avant les revalorisations obtenues chez BNP Paribas pour réclamer de nouvelles discussions. Au début de l’année 2026, plusieurs réseaux bancaires avaient négocié des augmentations générales relativement modestes, souvent proches de 1 %. Le contraste est important avec une revalorisation pouvant atteindre 5 % pour certains salariés de BNP Paribas. Rien n’oblige les autres établissements à s’aligner, mais l’accord pourrait devenir une référence dans les prochaines négociations annuelles obligatoires.
Des bénéfices bancaires qui renforcent les revendications salariales
Les organisations syndicales disposent d’un argument supplémentaire : les résultats financiers des grandes banques françaises. Sur les neuf premiers mois de 2025, BNP Paribas, Crédit Agricole, BPCE et Société Générale avaient cumulé environ 24 milliards d’euros de bénéfices nets, en progression de 9,5 % par rapport à la même période de 2024. Ces performances alimentent les débats sur le partage de la valeur créée. Les directions bancaires rappellent de leur côté la nécessité de financer les investissements technologiques, de respecter les contraintes réglementaires et de préserver leur rentabilité. Mais les salariés peuvent désormais faire valoir qu’une grande banque française a accepté de renouer avec des augmentations générales significatives. Une évolution susceptible de peser dans les discussions à venir.
Des augmentations très supérieures à la moyenne nationale
L’ampleur de certaines revalorisations accordées chez BNP Paribas apparaît d’autant plus remarquable que les augmentations salariales négociées dans les entreprises françaises ont nettement ralenti. Selon la Banque de France, les accords conclus entre fin 2025 et début 2026 prévoyaient une progression moyenne des salaires de base de 1,6 %, contre 2 % début 2025 et 3,3 % début 2024. L’augmentation de 5 % obtenue par un salarié de BNP Paribas rémunéré 30 000 euros brut par an représente ainsi plus de trois fois cette moyenne. Les périodes et les populations comparées ne sont pas strictement identiques, mais l’écart illustre l’importance du dispositif annoncé. Le choix d’une hausse forfaitaire favorise par ailleurs les rémunérations les moins élevées, dont le pouvoir d’achat est particulièrement sensible aux dépenses contraintes.
Un effet d’entraînement sur tout le secteur bancaire ?
Le précédent créé par BNP Paribas pourrait avoir plusieurs conséquences. Les organisations syndicales des autres banques pourraient durcir leurs revendications en demandant des augmentations générales plutôt que des primes ponctuelles. Les directions pourraient également être incitées à revoir leurs politiques de rémunération pour conserver leurs collaborateurs et rester attractives sur le marché de l’emploi. Cet effet de concurrence salariale pourrait être particulièrement sensible pour les métiers commerciaux, les fonctions spécialisées et les profils expérimentés. Il serait néanmoins prématuré d’annoncer une vague généralisée d’augmentations de 3 % à 5 % dans toutes les banques françaises. Chaque établissement conserve ses propres contraintes économiques, ses résultats financiers et son calendrier de négociations.
BNP Paribas relance le débat sur le partage de la valeur
Avec cet accord du 16 octobre 2026, BNP Paribas marque un tournant dans sa politique salariale. Après trois années sans augmentation générale, la banque accepte de revaloriser durablement les salaires fixes de la grande majorité des collaborateurs concernés. Le choix d’une augmentation forfaitaire permet de privilégier les rémunérations les moins élevées, avec des hausses atteignant 5 % pour certains salariés. La suppression de la prime exceptionnelle initialement envisagée limite toutefois la portée immédiate de l’accord. Reste désormais à savoir si les autres grands groupes bancaires suivront cette voie. Dans un secteur qui affiche des bénéfices importants, le retour des augmentations générales chez BNP Paribas pourrait bien devenir l’un des principaux arguments des salariés lors des prochaines négociations salariales.